Le mot du directeur

  • Publié le samedi 15 janvier 2022
    Santé mentale
    C’est une expression qui circule et c’est tant mieux. A force de l’entendre mise en relation avec la pandémie, n’oublions pas l’influence de l’école sur le bien-être mental. N’oublions pas que l’angoisse quotidienne générée par l’école peut être considérable.

    La mission de l’école évolue. Il fut un temps où elle était censée libérer et protéger les enfants des travaux sur les champs ou dans les usines, les mettre à l’abri des corvées et des punitions. Si le but de l’école se bornait souvent à apprendre à lire, à écrire et à calculer, il y avait aussi des moments et des lieux où elle allait beaucoup plus loin, dans la culture, la philosophie, la littérature, l’art.

    Aujourd’hui, la culture générale reste officiellement rattachée à l’école, tout comme la transmission des valeurs, mais qu’en est-il vraiment ? L’école n’est-elle pas avant tout un moyen de sélection ? Les contenus sont ce qu’ils sont, mais a-t-on vraiment le loisir à l’école de s’y adonner librement, d’approfondir, de réfléchir, de discuter, d’apprécier, de contempler, bref de se cultiver ? L’évaluation ne prend-elle pas toute la place ? Pour se cultiver, il faut un sentiment de sécurité et de confiance, autrement dit de l’amitié, de la bienveillance, de l’échange, de l’écoute. Or comment imaginer cela sous le regard permanent des enseignants chargés de juger, de comparer, de classer ? Comment l’évaluation constante pourrait-elle ne pas générer de l’angoisse et une pression mentale croissante ?

    En matière de santé mentale, il ne faudra pas se tromper de combat. N’oublions pas l’école, ce qu’elle est devenue, ce que l’économie, la politique, la société, notre civilisation en ont fait.

    Les moyens du lycée Ermesinde pour mettre les élèves à l’abri de l’évaluation permanente sont limités mais réels. Un moyen nouveau destiné à rendre les élèves disponibles à la culture et à l’apprentissage a été discrètement introduit cette année, le 1 décembre. Une lettre a été adressée aux parents et élèves du cycle inférieur avec l’explication suivante : « Nous avons pris cette année l’initiative de « mettre à l’abri » d’un « problématique » sur le bulletin dès le mois de décembre respectivement le mois de mai les élèves dans toutes les branches où l’enseignant estime que de toute évidence l’élève ne court pas de risque à long terme de rencontrer des problèmes majeurs dans son régime d’enseignement actuel. Ainsi, votre enfant n’aura pas de « problématique » sur le bulletin du premier semestre sauf, éventuellement, dans les branches suivantes. » Aucune branche n’a été signalée pour une majorité d’élèves et une seule branche pour un tiers. Espérons que cette nouvelle mesure allège encore un peu la charge mentale de nos élèves afin de leur permettre de mieux travailler et de mieux se cultiver.

  • Publié le mercredi 20 octobre 2021
    Examen de fin d’études au LEM : 93% réussite, 27% « excellent », 29% « très bien », 25% « bien »

    La réussite d’une école ne se limite certainement pas à l’examen de fin d’études. Les élèves du lycée Ermesinde ont certainement d’autres atouts à faire valoir à l’université et dans la vie professionnelle et sociale. D’un autre côté, le lycée Ermesinde a toujours considéré le BAC national comme un passage et un ticket utile et nécessaire pour entrer sans problème à l’université. C’est pourquoi il avait résisté à l’époque à l’envie de certains de voir un BAC novateur éclore au lycée Ermesinde.

    Les résultats de cette année sont sans appel : le lycée Ermesinde compte bel et bien parmi les lycées les plus performants du Luxembourg. Notre réussite s’élève à 93%, contre 85% au niveau national. Mais c’est surtout du côté des mentions que le lycée Ermesinde fait la différence : 27% de mentions « excellent » (plus de 52 de moyenne sur 60) contre 11% au niveau national, auxquels s’ajoutent 29% de « très bien » et 25% de « bien ».

    Pour une école axée sur les forces, l’orientation et l’excellence, le contrat est rempli.

    En fin de compte, les élèves sortent du lycée Ermesinde dotés d’une expérience de 6 ans en recherche (travaux personnels et mémoires), d’une expérience de 7 ans en entreprise (8 heures par semaine) et d’un résultat au BAC supérieure à la moyenne nationale.

    Le lycée Ermesinde a tendance à exiger davantage de ses élèves que les autres lycées, à commencer par leur domaine d’excellence.

    D’un autre côté, il commence sa préparation explicite au BAC en classe de 2e seulement.

    Durant les 5 années précédentes, il n’est pas promotionnel, il n’opère pas avec des notes, pas avec des moyennes, pas avec des devoirs en classe standardisés, pas avec des programmes prédéfinis et avec moins de cours.

    Et pourtant le système national continue à croire à la numérisation et à la quantification dans tous les domaines, car il continue à investir dans les critères, dans les programmes et dans toutes sortes de testings.

  • Écrit le lundi 5 juillet 2021
    Choix

    Peut-on vouloir trop d’orientation ?

    Entre l’embarras du choix, le paradoxe du choix ou trop de choix tue le choix, les expressions ne manquent pas pour pointer la quantité qui nous hante et qui nous harcèle un peu partout dans nos sociétés de consommation baignées dans l’illusion que tout est et doit toujours rester encore possible pour tout le monde.

    L’orientation des jeunes n’échappe pas à la règle. Revendiquer le droit de découvrir et d’explorer tous les possibles avant de choisir sa spécialisation est devenu monnaie courante parmi les parents mais aussi les professionnels.

    L’orientation est la marque de fabrique du lycée Ermesinde. Mais plutôt que de se perdre dans une exploration tous azimuts, le lycée Ermesinde mise sur une orientation de qualité qui ne se réduit pas aux contenus, mais qui touche à l’attitude, à l’engagement et à l’envie.

    On dit que l’appétit vient en mangeant. C’est une formule qui n’est pas dénuée de sens dans l’orientation. On ne peut pas tout vouloir découvrir avant de choisir. Plutôt que de tout voir, il s’agit de bien faire.

    Le choix que l’élève effectue au lycée Ermesinde dès son arrivée (projet personnel, entreprise, travail personnel, branches d’engagement) implique une immersion dans des champs et des groupes d’intérêt pour un semestre au minimum.

    Au cours de cette période, l’élève apprend à coopérer, à convaincre, à vendre, à négocier, à connaître les plaisirs et les contraintes d’une production, les défis et l’efficacité de la transmission entre pairs, ainsi que la satisfaction qui découle d’un travail bien fait ainsi que du contentement d’un public ou d’une clientèle.

    Autrement dit, il acquiert, indépendamment des contenus, des compétences universelles et transversales d’une grande utilité.

    Le temps ne permet pas de s’immerger dans un grand nombre de spécialités. Faut-il s’en plaindre ?

    L’élève finira par s’orienter vers un chemin qui s’est dessiné au fil des choix, des opportunités, des expériences, des sensations intermédiaires.

    Va-t-il se frustrer de ne pas encore avoir pu découvrir tous les possibles ? Il faut espérer au contraire qu’il franchisse allégrement la porte qui s’est ouverte, en pensant qu’elle s’est ouverte par chance, plutôt que par hasard.

    L’orientation en devient presque une affaire de destin, un destin que l’élève saura d’autant mieux embrasser qu’il aura connu dans ses expériences préalables la qualité plutôt que la quantité.

  • Écrit le jeudi 29 avril 2021
    Education

    Le terme vient du latin : e-ducere, ex ducere, conduire hors de. Hors de quoi ?

    Conduire hors de quoi ? Hors de l’enfance, vers l’âge adulte, vers la maturité, la participation, l’influence ?

    En effet, l’enfant veut avoir son mot à dire, très tôt et avec force.

    Encore faut-il ne pas laisser parler et agir l’enfant dans le vide. Pour se développer, l’enfant a besoin de résistance. Pour gagner en influence, l’enfant doit pouvoir se mesurer. A quoi et à qui ?

    Toutes les idées qui sortent de la bouche des enfants ne sont pas bonnes. Il serait absurde de les adopter toutes sous prétexte qu’il faille respecter la parole de l’enfant. Ce serait lui manquer de respect, car cela ne lui permettrait pas de grandir, et malhonnête de surcroît.

    Se mesurer à quoi et à qui ? A ce qu’il n’a pas encore et à ce qu’il n’est pas encore. Si l’enfant n’a pas encore les arguments, il faut lui opposer des .. arguments. S’il n’a pas encore les connaissances, il faut lui opposer des connaissances. S’il n’a pas encore l’expérience, il faut lui opposer de l’expérience. Non pas pour le rendre petit, mais pour le rendre grand.

    Est-ce que pour autant pour éduquer un enfant il suffit de lui donner un exemple fort, un maître savant, une autorité ?

    L’histoire de l’école a montré que tel n’est pas forcément le cas. Mais l’histoire moderne n’est-elle pas en train de montrer que le contraire ne fait pas mieux ?

    Il faut éviter que l’école tombe d’un extrême dans l’autre. Entre opposer à l’enfant une autorité toute savante et toute puissante, d’une part, et le placer sur un piédestal et se plier à sa parole sous quelque prétexte pédagogique ou démocratique, d’autre part, il doit y avoir un juste milieu.

    La plus simple manière d’é-lever un enfant consiste peut-être à ne pas le traiter spécialement comme un enfant, à oublier sciemment qu’il ne peut en principe déjà avoir toute la maturité, la connaissance, l’expérience, peut-être aussi l’ironie, qu’on lui suppose pourtant délibérément dans l’échange. Il s’accomplit alors souvent une sorte de self-fulfilling prophecy dans le sens où l’enfant met à jour spontanément des capacités surprenantes simplement parce qu’on échange avec lui comme s’il avait précisément toutes ces compétences.

    E-duquer un enfant revient finalement à exiger de lui la même qualité dans le travail et dans l’échange qu’on veut bien y investir soi-même.

    Comme souvent, les extrêmes se rejoignent. Laisser toute la place ne vaut pas mieux que prendre toute la place. Les deux cas de figure isolent l’enfant. Il est dans la nature de l’enfant de chercher sa place mais il n’a que faire d’une place dont il constitue le centre. Si toute la place est prise, il est isolé. S’il occupe, lui, toute la place, il n’est pas moins isolé. Dans le premier cas, on l’écarte, dans le deuxième, on s’écarte.

    La nécessité est le meilleur é-ducateur. La nécessité que peut installer l’école consiste à attendre dès le début de la part des enfants la qualité dont on voudrait bien qu’ils soient capables à la fin. Il faut pour cela que l’école soit une place de qualité, un bain de culture où les enfants apprennent à nager par le simple fait que telle est l’exigence, ou, mieux encore, la normalité.

     

  • Écrit le dimanche 28 mars 2021
    Orientation

    Non, tout le monde n’a ni le talent ni l’envie d’aller à l’université. Les dispositions des jeunes gens sont heureusement infiniment plus variées. Elles l’ont toujours été et elles le seront toujours. Tel l’a toujours voulu la nature humaine et tel l’a toujours voulu l’économie. Tel le veut toujours la nature humaine, mais tel ne le veut plus l’économie, apparemment. La délocalisation, la tertiarisation et la technologisation ont porté un vilain coup aux secteurs de l’agriculture, de l’industrie et de l’artisanat. L’économie ? La mondialisation a certainement une part d’inévitable, mais la politique et la société ne sont évidemment pas si impuissantes et innocentes que cela. Face à la diversité naturelle des talents humains, la hiérarchisation des métiers et des formations et la monoculture scolaire et professionnelle sont des scandales.

    Le lycée Ermesinde est structuré de manière à garantir l’orientation la plus large et la plus honnête possible. Dans cette démarche, ce n’est pas l’économie qui constitue la plus grande résistance. Le marché du travail moderne n’est pas si désespérant que cela. Des productions ont été relocalisées. Les marchés locaux refleurissent. L’entrepreneuriat est revigoré. Par ailleurs, tous les diplômes universitaires ne tiennent pas toujours toutes les promesses que les jeunes gens et leurs parents y associent.

    Au lycée Ermesinde, le tutorat et les maisons permettent dans une certaine mesure de contrer les préjugés et d’empêcher l’orientation négative par exclusion telle qu’elle est malheureusement largement répandue. Il est vrai que, en raison notamment de sa taille humaine qu’il a voulu préserver, le lycée Ermesinde se limite au-delà du cycle inférieur à la préparation aux études universitaires. Tout est fait cependant pour ne pas enfermer les futurs étudiants trop tôt dans une bulle académique. Une part importante du personnel n’intervient pas dans un seul régime ni dans une seule branche et assure le tutorat d’élèves d’âges et de régimes différents, afin de garder une vue large sur les talents et sur les voies professionnelles. Dans les entreprises, le mélange d’âge et de régimes est inhérent et passe presque inaperçu, mais n’en pas moins essentiel. Dans les branches interdisciplinaires, les questions économiques, sociologiques et écologiques sont au cœur des réflexions dès la septième. Tout cela est hélas insuffisant pour libérer l’orientation de tous les aprioris préjudiciables. Il faut espérer que l’opinion publique et la politique finiront par donner meilleur crédit à tous les talents et à voir dans la diversité des vocations et des emplois une utilité et une nécessité économiques, sociales et humaines.

     

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